En 2014, la droite a une chance historique de gagner Paris. Le discours de Bertrand Delanoë, qui a longtemps été en résonance avec Paris, est désormais mis en regard de son bilan. La gauche va céder aux poisons du népotisme. Mais si, dans n’importe quelle autre ville, la victoire de la droite pourrait-être à portée de main, à Paris, il n’en est rien. Le mode d’élection du Maire de Paris, combiné avec une forte polarisation politique de la majorité des arrondissements, conduit au contraire spontanément l’opposition à la défaite.

On l’oublie trop souvent, le Maire de Paris n’est pas élu directement par les parisiennes et les parisiens. Les véritables électeurs du Maire de Paris, ce sont les maires d’arrondissement et leurs conseillers de Paris. Dans un tel système, si les maires d’arrondissements de droite font l’unité autour d’un chef incontesté pour le porter vers la victoire, tout devient possible. Mais une telle unité n’a rien de naturel. Lorsque les leaders des arrondissements structurellement « de droite » sont en désaccord et que certains ne reconnaissent pas le leadership de notre candidat(e), c’est la défaite assurée. C’est à un tel scenario qu’ont été confrontés, chacun dans des circonstances différentes, Philippe Séguin et Françoise de Panafieu : ils avaient perdu avant même de commencer leur campagne.

Non seulement ce système porte en lui la défaite, mais il secrète naturellement de puissants anticorps à l’égard de tout ce qui pourrait favoriser la victoire. L’émiettement des pouvoirs entre les leaders des arrondissements ne produit aucune unité. Les baronnies induites par l’existence d’arrondissements structurellement à droite bloquent le renouvellement des femmes et des hommes. La primauté absolue des représentants des arrondissements déjà acquis à la droite dans le fonctionnement de l’UMP parisienne l’empêche de parler à toutes les Parisiennes et à tous les Parisiens, notamment à ceux qu’il faudrait convaincre : ça tombe mal, pour l’emporter, ce sont de nouveaux électeurs dans des arrondissements de gauche qu’il faut convaincre. Dans ce système, la droite est toujours la même. Elle se querelle. Elle ne parle qu’aux siens.

Une force peut toutefois permettre de surmonter cela : cette force, ce sont les militantes et les militants. A eux de prendre la parole et de prendre le pouvoir. Avec « Nous, c’est #Paris ! », une start-up militante qui réunit des adhérents de l’UMP et des Parisiens de droite non encartés, la proposition que je leur fais est simple : réussir par le bas ce qu’en 1977, Jacques Chirac avait réussi par le haut.

Dans un premier temps, nous avons toute possibilité d’imposer une dynamique, celle du renouvellement des idées. Refuser que le projet de la droite soit sacrifié sur l’autel du choix des personnalités. Refuser qu’il soit rédigé, sur un coin de table et à la hâte à la veille des élections, par une demi-douzaine d’apparatchiks et de communicants. Avec « Nous c’est #Paris !», nous allons engager une « primaire des idées », en préparant le projet de l’UMP pour Paris.

Notre projet sera un projet venu de la base, une co-création militante et citoyenne. Un projet populaire qui réconciliera la droite avec Paris parce qu’il parlera aux habitants de tous les arrondissements. Un projet qui fera toute leur place aux innovations urbaines, celles qui sont encore en projet et celles qui ont déjà éclos. Un projet basé sur le partage des idées et des compétences. Car ce sont les militantes et des militants, les Parisiennes et les Parisiens, qui peuvent produire les meilleures idées. C’est chez eux que l’on trouve une immense variété de compétences. Ce sont eux qui vivent à Paris, dans tous ses arrondissements, ceux dits « de droite » et ceux qui ne le sont pas encore. Ils ont des idées très claires sur ce qu’il faudrait faire pour que les « villages » parisiens dans lesquels ils vivent soient plus agréables. Ils savent aussi très exactement la façon dont devrait vivre et avancer une capitale. Ces militants, ces Parisiennes et ces Parisiens ont, comme Paris, changé beaucoup plus vite que n’ont évolué les discours politiques, de droite comme de gauche.

Le projet sera celui de la communauté des militants et des Parisiens non encartés. Il sera made in Paris 2.0 : fabriqué sur le web, avec des forums où chacun pourra s’exprimer, engager le dialogue, faire preuve de créativité et recevoir un feedback pour chacune de ses contributions. Les idées, même et surtout politiquement incorrectes, seront toutes débattues: elles seront soumises à une expertise technique et citoyenne ainsi qu’à une évaluation, en toute transparence, dans des groupes de travail et des réunions publiques. Sur chacune des idées, nous recueillerons, aussi, le point de vue de Parisiens politiquement non engagés. In fine, elles seront approuvées ou non au sein de « Nous, c’est #Paris ! » La rigueur et l’ouverture de cette procédure de co-création du projet induiront naturellement le rapport de forces nécessaire pour qu’il s’impose.

« Nous, c’est #Paris ! » n’est pas issu d’une des factions de la droite parisienne. La seule primaire dans laquelle nous voulons concourir, c’est la « primaire des idées ». Par ce travail collectif, nous voulons aussi pousser les leaders de la droite parisienne à une unité qui ne soit pas que de façade.

Que les choses soient claires : dans un second temps, si le système ne montre pas de capacité à surmonter les forces autodestructrices qui le minent, s’il ne s’unit pas autour d’une candidature incontestée, je porterai, lors des primaires de l’UMP, non seulement ce projet collectif de réconciliation de la droite avec Paris, mais aussi toute la révolte des militants et leur envie farouche de gagner.

Je suis une femme, et même une féministe, mais pas une star ni une héritière autoproclamée. Je ne suis issue d’aucun clan. Je n’ai pas le soutien de puissants, mais de puissants soutiens : des militantes et des militants compétents, actifs et qui ne veulent plus des défaites organisées. J’ai la légitimité d’une combattante : lorsqu’on m’a confié la tête de liste aux municipales dans le 14e arrondissement, ce n’était pas un cadeau et je le savais. Je me suis présentée dans le 14e parce que c’est chez moi et parce que je sais que nous gagnerons un jour, en travaillant, avec une équipe solide. Je suis née par mon métier, non dans le marigot politique parisien. L’une des deux seules femmes à avoir été, sous la Ve République, Secrétaire générale adjointe de l’Elysée, je pense avoir une expérience significative de la gestion des affaires publiques. L’action d’un seul m’inspire : Jacques Chirac. Elue dans l’un des deux arrondissements, avec le 12e, par lesquels passe la victoire, un arrondissement qui est, sociologiquement, un concentré de Paris, je saurai parler à l’ensemble des Parisiennes et des Parisiens. Je fais partie, et mon équipe avec moi, de ces électeurs dont la voix sera décisive. Certains ironiseront probablement dès maintenant sur mon manque de notoriété : ils ont raison. C’est d’ailleurs la principale critique qui avait été adressée, avant 2001, à Bertrand Delanoë.

Après tant d’élections où ils ont travaillé, réfléchi, tracté et agi en vain, après tant d’élections où leurs contributions ont été rangées dans un tiroir et où ils se sont fait voler la victoire, j’appelle les militantes et les militants, les Jeunes Pop et les Jeunes actifs parisiens à jouer à fond le match retour. La « primaire des idées », d’abord et, si rien ne vient, la primaire tout court, ensuite.

Marie-Claire CARRERE-GEE

Conseillère de Paris (14e arrondissement),

Vice-présidente du groupe UMP au Conseil de Paris