Mon intervention au Conseil de Paris du 28 avril sur le traumatisme subi par les Parisiens et sur la gestion de la crise sanitaire par Anne Hidalgo

Mon intervention au Conseil de Paris du 28 avril sur le traumatisme subi par les Parisiens et sur la gestion de la crise sanitaire par Anne Hidalgo

Mon intervention au Conseil de Paris du 28 avril 2020

Madame la Maire, mes chers Collègues,

En tant que présidente de groupe et si vous le permettez aussi, au regard de mon expérience professionnelle : sous l’autorité de Jacques Chirac, nous avions préparé le pays à la perspective d’une pandémie qui arriverait un jour où l’autre, après le SRAS. Masques FFP2 et chirurgicaux pour tous les Français, vaccins, médicaments… Nous avions essayé de bien faire les choses, avant malheureusement que cette culture de santé publique ne s’effondre, quelques années plus tard ;

Madame la Maire,

Je m’associe pleinement aux mots d’hommage et de solidarité que vous avez prononcés dans la première partie de votre intervention.

Quelques réflexions sur ce qui s’est passé, éclairantes je crois pour le long et dangereux chemin qui est devant nous.

1.   Sur ce qui s’est passé, d’abord

Dans ces affaires, il faut du sérieux, de la méthode, de la transparence.

J’ai, vraiment, regretté que les questions essentielles, que je vous avais posées il y a maintenant un mois et demi, n’aient pas reçu de réponse, mis à part un accusé de réception dont je vous remercie.

Dans cette période, faire au mieux ce que l’on sait faire ne suffit pas. Il faut être créatif.

Oui, Madame la Maire, vous avez pris une bonne décision en donnant une aide aux familles pauvres. Des aides sous conditions de ressources avec les feuilles d’impôt de l’année précédente, oui, on sait faire et c’est bien. Mais aujourd’hui, beaucoup de Parisiens se retrouvent sans ressources – je pense aux familles de commerçants ou artisans – et pour leurs enfants, qui ne sont pas dans les radars associatifs ou du CASVP, rien n’est prévu.

Dans cette période, le temps est essentiel. Les étapes ratées ne se rattrapent pas. Les dégâts, ce sont des malades, cela peut être des morts.

3 exemples.

Les malades chroniques.

On sait combien ils ont renoncé aux soins et à se nourrir correctement par crainte de sortir. Pourquoi n’avoir pas organisé un partenariat avec taxis et VTC pour qu’ils puissent aller chez leur médecin? Pourquoi ne pas avoir organisé des livraisons de médicaments et de courses à domicile?

Les contaminations intra-familiales ensuite.

Pourquoi avoir refusé de considérer pendant si longtemps ma proposition de réserver des chambres d’hôtel pour que les personnes qui ont des symptômes puissent s’isoler? Comment ne pas avoir compris qu’avec le confinement, les contaminations intrafamiliales allaient tout de suite exploser, notamment dans le Nord de Paris?

Les masques, enfin.

C’est bien de commander des masques grands public, même si la décision de les acquérir à grande échelle a été prise tardivement. Mais cela fait longtemps que tous les Parisiens et notamment les personnes à risque devraient en porter. Comment ne pas avoir mis le paquet, dès le début et déjà pour eux, sur l’acquisition de quantité de masques chirurgicaux? Valérie Pécresse l’a fait au niveau de la région. Pour tant de soignants, de personnels d’Ephad, de pharmaciens et commerçants parisiens, cela a été salutaire.

Dans cette période, c’est une exigence absolue que d’avoir 2 ou 3 temps d’avance sur le virus. D’être réactif.

Et, si vous me le permettez Madame la Maire, c’est bien d’être réactif y compris quand les autres ne le sont pas, et je pense à l’Etat.

Vous êtes Maire de Paris. Si l’Etat ne fait pas ce qu’il doit faire, faites-le à sa place ! Vos lettres aux ministres sont peut-être justes, mais ce ne sont pas elles qui protègeront les Parisiens.

 

2.   Trois sujets pour la suite

Premier point : l’enjeu décisif sera la maîtrise de l’épidémie.

Il faut, évidemment, obtenir des Parisiens le port du masque, partout dans l’espace public. De la même manière que, pour casser la progression du VIH, la seule solution efficace en termes de santé publique, la seule éthiquement acceptable parce qu’elle évite les discriminations -, a été de convaincre que chacun peut être porteur d’un virus invisible et qu’en se protégeant, on protège les autres. Le beau principe de responsabilité individuelle est notre meilleure garantie sanitaire collective. Surtout, il faut identifier, pour les briser tout de suite, les chaînes de contamination et isoler. Mais aussi recruter et former très rapidement et en très grand nombre des enquêteurs dans des équipes épidémiologiques. Rater cette étape conduirait à une hécatombe à Paris.

 

Deuxième point : les commerces et les entreprises parisiennes

Alors que l’économie et l’emploi sont en train de s’effondrer, nous aurions attendu des mesures fortes.

Par exemple : l’exonération jusqu’à fin 2020 de droits de voirie et de la taxe de séjour. Et l’exonération de loyer pour les locaux commerciaux dont les titulaires ont connu des pertes d’exploitation.

 

Troisième point : les transports

Vous préparez des pistes cyclables. Mais le véritable enjeu, c’est l’offre ! Pour éviter l’engorgement du métro, il faut un véritable « service maximum » de transports de surface. Assurez-vous qu’il y ait assez de trottinettes. Secouez Vélib. Et comme ce ne sera pas suffisant, organisez, en partenariat avec les magasins de vélos, des systèmes de location. S’il n’y a pas assez de vélos à vendre dans les magasins, que la Mairie de Paris organise avec eux des centrales d’achat : on n’a pas eu de masques, au moins que l’on ait des vélos !. TOUT doit être fait pour donner aux Parisiens des solutions alternatives, quelles qu’elles soient, aux transports en commun.

Marie-Claire Carrere-Gee

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