Mon intervention au Conseil de Paris du 18 mai sur le soutien à l'économie parisienne et la relance de l'activité

Mon intervention au Conseil de Paris du 18 mai sur le soutien à l’économie parisienne et la relance de l’activité

 

 

Madame la Maire, mes chers collègues,

Nous avons vécu 2 mois de confinement, 2 mois de peur, 2 mois où tant de Parisiens ont basculé dans la pauvreté ou s’y enfoncent, 2 mois où la Ville de Paris, déjà impécunieuse, n’a pas reçu un centime d’impôt, 2 mois que tant de Parisiens, salariés, vivent du chômage partiel et d’autres, indépendants, chefs d’entreprise, se sont endettés jusqu’au cou et ne savent pas de quoi sera fait le lendemain.

Sur le plan sanitaire, nous vivons une période dangereuse. Les services de réanimation parisiens sont toujours occupés. On n’a pas droit de risquer une nouvelle vague. Et même si, grâce au sens des responsabilités des Parisiens, nous avons la chance de l’éviter, il faut, déjà, se préparer : en l’absence de vaccin et de traitement, Paris doit se tenir prête en cas de reprise de l’épidémie, à l’automne ou plus tard.

Mais voilà. Dans l’immédiat, nous avons tous envie d’air frais et de soleil, envie d’oublier ce qui s’est passé.

*

Et Madame Hidalgo l’a compris. Elle a choisi de tout miser sur le retour du beau temps.

Ses interventions publiques depuis le déconfinement en regorgent : son pari à elle, c’est le pari du beau temps. De la vie, à nouveau. De l’oubli.

« Ce week-end, il va faire beau », annonçait-elle sobrement sur son compte twitter vendredi.

Même les nounours des Gobelins, que l’on adore tous sont mis à contribution : escaladant les grilles d’un parc, eux aussi aimeraient braver l’interdit, celui d’un Etat honni, peine à jouir, qui répugne à autoriser dès maintenant l’ouverture des parcs et jardins qu’on ne sait pourtant pas sécuriser. Pour Madame Hidalgo, l’esprit rebelle de Paris, ce sont de gros nounours qui voudraient aller gambader dans nos parcs et squares quand des méchants s’obstinent à brimer les Parisiens. D’ailleurs, pour Madame Hidalgo, ce qui menace les parisiens aujourd’hui, ce n’est pas un virus, ce sont, d’abord, les scoots et les voitures. Face à ces vrais dangers, elle sera leur rempart, leur héroïne. Notre Sainte Geneviève, nous l’avons trouvée.

C’est d’ailleurs parce qu’un jour, il fera soleil que Madame Hidalgo n’a pas été aux côtés des personnels hospitaliers, en grève depuis mars 2019, pour dénoncer les souffrances individuelles et collectives à l’hôpital public. Et que rien de significatif n’a été entrepris pour encourager les professionnels de santé libéraux à s’installer à Paris.

C’est parce qu’un jour, il fera soleil que Madame Hidalgo s’est engagée à réserver pas moins que 500 logements sociaux de la Ville de Paris aux personnels soignants en trois ans, soit 150 par an, alors même que la majorité des infirmiers et aides-soignants de l’AP-HP habite à plus de ¾ d’heure de transport.

C’est parce qu’un jour, il fera soleil que Velib a été cassé et que l’on promet aujourd’hui l’extraordinaire : le respect, basique, de l’offre contractuelle pour les vélos en location.

C’est parce qu’un jour, il fera soleil, qu’alors même que Paris est si dense, qu’il y a tant de logements surpeuplés, que l’on prévoit de surdensifier plus encore la Ville et qu’on accélère les projets – comme Saint Vincent de Paul- avant les municipales.

C’est parce qu’un jour il fera soleil que Madame Hidalgo a laissé filer les dépenses et l’endettement de la Ville, qui n’a plus un sou pour venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin.

C’est parce qu’un jour, il fera soleil que Madame Hidalgo n’a jamais pris la peine d’écouter les Maires d’arrondissements ni d’observer l’action de tant de Maires de banlieue et de province qui lui montraient pourtant la voie de la réactivité, de l’ingéniosité face à une situation de danger extra-ordinaire, pour protéger les siens.

C’est parce qu’un jour, il fera soleil que vous n’avez pas écouté notre proposition d’héberger, pendant le confinement, des personnes malades qui le souhaitent et ne peuvent s’isoler dans leurs appartements trop exigus. Même si cela s’est traduit par des contaminations intrafamiliales.

C’est parce qu’un jour, il fera soleil que rien n’a été fait pour protéger les malades chroniques.

C’est parce qu’un jour, il fera soleil et que les masques, c’est quand même bien embêtant à porter que Madame Hidalgo n’en a pas donné aux Parisiens, notamment les plus fragiles, pendant la période de confinement et qu’il sera bien temps, d'ici le 10 juin, pour que tous les Parisiens puissent aller en chercher un.

C’est parce qu’un jour, il fera soleil que les masques pour les personnes vulnérables – les personnes âgées, les malades chroniques, les femmes enceintes- n’ont finalement été commandés que pour les seules personnes de plus de 70 ans et encore, en forme de sopalin, pour ne pas briser nos vieilles habitudes, avec de longues tagliatelles au bout pour faire un peu de stretching en accrochant 3 nœuds derrière la tête. C’est bien, le sport, pendant le confinement.

*

Oui, Madame la Maire. Vous avez pris une bonne décision dans la période : celle d’aider les familles à bas revenus à faire face aux dépenses de nourriture supplémentaires.

Mais mis à part cela, alors que la première exigence dans une situation de pandémie, c’est d’aller plus vite que le virus, vous avez toujours eu un temps de retard.

Comme d’ailleurs l’Etat, vous avez laissé les Parisiens seuls face à la menace du virus.

*

Alors voilà : Oui, aujourd’hui, il fait beau. Oui, sous la pression, vous avez accepté et c’est le minimum, d’inscrire à l’ordre du jour l’exonération de taxes pour les entreprises – en oubliant d’ailleurs la taxe de séjour. Oui, vous nous annoncez sans autre précision 5 millions d’euros pour le secteur du tourisme, 10 pour les associations – pourquoi ces chiffres ??? – 15 millions pour la culture dont seulement un peu plus d’1 million est traçable.

 

Mais tout cela n’est pas à la hauteur de la situation.

Rien sur la santé. Rien sur l’emploi et la formation. Rien – à part le minimum syndical des exos de taxes – pour faire redémarrer l’économie parisienne. Rien sur les mobilités. Aucune remise en cause des projets de surdensification à Paris.

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Nous avons fait un vœu qui couvre l’ensemble de ces dimensions.

Allez, quelques idées pour la suite. Notre vœu en contient beaucoup : peut-être prendrez-vous la peine de les lire, voire de les mettre en œuvre :

Aidez, vraiment, Covisan, autrement qu’en paroles, en fournissant du matériel, du personnel et des subventions.

Négociez des tarifs réduits pour les trottinettes, portez à 30 000 l’offre de vélos en location.

Aidez tous les indépendants qui ont perdu toutes leurs recettes, tous les salariés qui ont perdu leur emploi.

Lancez un plan d’envergure pour que les jeunes qui sortent des écoles ne soient pas une génération sacrifiée.

Contribuez au Fonds résilience mis en place par la Région et la Caisse des Dépôts.

Créez un fonds pour couvrir les pertes d’exploitation des commerces et des institutions culturelles.

Intervenez pour que les théâtres privés ne ferment pas à cause d’impayés de loyer. Pensez à tous ceux – costumiers, scénographes, metteurs en scène – qui ne pourront pas bénéficier des seulement 50 000 euros d’aide que vous prévoyez

Aidez les taxis et VTC à s’équiper pour se protéger et protéger leurs clients.

Donnez dès aujourd’hui des logements aux infirmiers, aides-soignants et internes

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Et préparez Paris pour la suite :

Soutenez l’AP-HP et nos hôpitaux, en participant à l’acquisition d’une réserve de respirateurs au cas où, et installons à Paris ou en proche banlieue une réserve stratégique de lits de réanimation.

Organisez la fourniture de masques pour tous les élèves et les enseignants, et aussi en prévision de septembre, dans la durée

Réformez les EHPAD de la Ville de Paris, sur un mode plus domiciliaire et mieux médicalisé.

Et oui préparez les vacances : tant d’enfants parisiens ne pourront pas partir cette année. Ne les confinez pas à nouveau dans des centres de loisir cet été !

*

Oui, Madame Hidalgo, nous avons tous envie de soleil.  Et nous espérons tous qu’il fera beau.

Il n’y a cependant que dans les chansons que l’on rêve d’un « pays des merveilles, où la misère serait moins pénible au soleil ».

Car non, le soleil n’y suffira pas : aujourd’hui, tant de Parisiens, tant de malades chroniques, tant de personnes vulnérables, tant d’entreprises, tant de commerçants et artisans, tant de professionnels du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration, tant d’acteurs et de metteurs en scène, tant de musiciens auraient plus que jamais besoin de la Mairie de Paris.

Marie-Claire Carrere-Gee

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